Vous y êtes-vous déjà retrouvé face à face ?
Parfois, la rafale d’hiver est si glaciale qu’elle vous contraint à chercher refuge dans des chambres tièdes. Les vents froids de l’hiver, prenant naissance dans les Alpes, se frayent un chemin des montagnes jusqu’aux villes. Ces mêmes vents glacés avaient aussi trouvé passage en moi. J’avais enfoui mes mains dans les poches de mon pantalon ; en expirant, j’observais dans l’air la tiédeur de mon souffle. Je me suis souri à moi-même et, du bout des lèvres, j’ai murmuré :
Je suis encore vivant. Oui, le souffle palpite encore en moi.
Oui, je l’admets, ton absence m’a meurtri à tel point que, pour me sentir vivant, je dois prêter attention à ma propre respiration. Je sais que l’hiver n’est pas encore assez rigoureux pour faire frissonner les os d’un homme. C’est ton absence qui se mêle aux vents glacials de l’hiver et fait trembler un homme debout comme moi.
À force de marcher, je me suis éloigné de mon nid et de ses chambres chaleureuses au point que le retour pourrait me prendre des années, ou peut-être même être devenu impossible. Certains visages se sont estompés dans mon esprit, et des voix s’effacent peu à peu de ma mémoire. J’ai peur, peur du jour où plus rien de toi ne restera auprès de moi : ton visage apaisant, la beauté de tes yeux, le parfum de tes cheveux, la chaleur de ton corps, et la clarté lumineuse de ton front.
Je sais que l’effacement progressif de ces choses dans ma mémoire m’éloigne davantage de toi. Je sais que ta fin dans ma mémoire sera aussi la fin de ma propre vie.
Ce texte a été récité et publié dans le lookbook de la Semaine des langues à Université Paris 8 Vincennes–Saint-Denis.