La doctrine de guerre permanente du Pakistan et son coût pour l’Afghanistan

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Il existe en Asie du Sud un schéma qui ne peut plus être ignoré. Chaque fois que le Pakistan est confronté à l’insécurité interne, à l’instabilité politique ou aux défaillances de ses institutions, la réponse prend trop souvent la forme d’une agression extérieure. La récente frappe menée sur le territoire afghan, qui a coûté la vie à des civils innocents, dont des enfants, n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une continuité historique qui a profondément déstabilisé et empoisonné la région depuis des décennies.

Il faut parler avec clarté : l’Afghanistan n’est pas responsable de la crise sécuritaire intérieure du Pakistan. L’Afghanistan n’a pas construit les réseaux militants qui menacent aujourd’hui les villes pakistanaises. L’Afghanistan n’a pas élaboré une doctrine stratégique fondée sur l’usage de groupes armés comme instruments de politique étrangère. Pourtant, ce sont les civils afghans qui continuent d’en payer le prix.

Depuis sa création, l’appareil sécuritaire pakistanais a à plusieurs reprises recouru à la guerre par procuration comme outil d’influence, en Afghanistan, au Cachemire et ailleurs dans la région. Les infrastructures militantes ne sont pas apparues spontanément. Elles ont été cultivées, tolérées et instrumentalisées au nom de ce que l’on appelait la « profondeur stratégique ». Aujourd’hui, les forces autrefois considérées comme des atouts sont devenues des menaces incontrôlables. Et au lieu d’affronter honnêtement cet héritage, le Pakistan projette la violence au-delà de ses frontières.

Bombarder le sol afghan n’est pas une démonstration de puissance. C’est l’aveu des conséquences d’une doctrine erronée. Un État qui investit dans la guerre par procuration ne peut feindre la surprise lorsque ces dynamiques se retournent contre lui. L’insécurité que connaît aujourd’hui le Pakistan est en grande partie le produit de choix stratégiques assumés par le passé.

Mais ce qui rend cette frappe particulièrement indéfendable, ce n’est pas seulement la violation de la souveraineté afghane, c’est la mort de civils. Des enfants ne sont pas des combattants. Des familles vivant dans les provinces frontalières ne sont pas des cibles stratégiques. Lorsque des bombes frappent des villages, ce ne sont pas des concepts géopolitiques qui sont détruits, ce sont des vies humaines.

Il existe une arrogance dangereuse à croire que ces actes seront oubliés. L’Afghanistan est un pays qui a survécu à des décennies d’invasions et d’ingérences. Son peuple a une mémoire façonnée par l’épreuve. Les injustices ne disparaissent pas sous les décombres. Elles s’enracinent, elles se transmettent, elles façonnent l’avenir.

Les dirigeants pakistanais doivent comprendre une réalité simple : l’insécurité ne s’exporte pas. Elle ne se dissout pas en franchissant une frontière avec des missiles. Les défaillances internes ne peuvent être dissimulées par la force extérieure. Chaque frappe qui touche des civils alimente le ressentiment et fragilise davantage une région déjà instable.

Le Pakistan ne peut pas, d’un côté, se présenter comme victime du terrorisme et, de l’autre, adopter des actions qui perpétuent l’instabilité au-delà de ses frontières. On ne peut condamner la violence interne tout en contribuant à l’insécurité régionale. Cette contradiction est évidente.

La communauté internationale doit également renoncer à toute complaisance sélective. Trop souvent, les considérations géopolitiques ont primé sur l’exigence de responsabilité. Les morts civiles en Afghanistan méritent la même indignation, la même attention et la même demande de transparence que partout ailleurs. La souveraineté n’est pas un principe variable que l’on applique selon les intérêts du moment.

Si la région demeure instable aujourd’hui, ce n’est pas parce que les Afghans aspirent à la guerre. C’est parce que la guerre leur a été imposée, directement ou indirectement, à maintes reprises.

Le Pakistan se trouve à un moment décisif. Il peut poursuivre ce cycle, externaliser ses crises, violer des frontières et approfondir les hostilités, ou affronter les conséquences structurelles de ses propres choix stratégiques. La sécurité véritable ne viendra pas des frappes aériennes, mais d’une remise en question profonde des politiques qui ont produit cette crise.

L’Afghanistan a déjà enterré trop d’enfants.

Le temps du déni est révolu.

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Noman Shadab

Je m'appelle Noman Shadab, je suis un rêveur et un créateur dans l'âme. Entrepreneur, je concrétise mes idées, alliant ambition et art. Mes mots d'auteur visent à inspirer et à créer des liens, tandis que mon travail de chercheur et d'économiste explore la complexité des chiffres et du progrès humain. Je considère chaque défi comme une histoire à écrire et chaque réussite comme un témoignage de la beauté de l'innovation.

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