Si Franz Kafka avait voulu expliquer le destin de Gregor Samsa, il n’aurait pas eu besoin d’une métamorphose. Il n’aurait pas eu besoin d’un corps d’insecte, ni d’une porte fermée à clé, ni d’une famille horrifiée. Il aurait simplement raconté l’histoire d’un homme qui a cessé de gagner de l’argent.
Un homme qui se réveille un matin non pas transformé en créature, mais en quelque chose de bien plus effrayant, inutile. Il aurait montré comment l’amour dépend silencieusement de l’utilité, comment le soin à ses conditions, comment la chaleur disparaît au moment où le pain cesse d’arriver sur la table. Pas de carapace, pas de griffes, pas de monstruosité visible, seulement des factures impayées, des appels sans réponse, et des regards qui ne te reconnaissent plus. La famille ne crierait pas. Elle soupirerait. Elle s’éloignerait doucement. Elle le pousserait lentement hors de la chambre, hors des conversations, hors des cœurs.
Gregor ne s’est pas transformé en insecte. Il est devenu invisible. Et c’est là la véritable métamorphose, le moment où un être humain est réduit à ce qu’il peut offrir. Kafka le savait. C’est pour cela que cette histoire fait si mal. Parce qu’au fond, nous la reconnaissons tous.